Treize à table

Déjà en ouverture un cocktail du Royal, joli bar rue Mont-Royal à Montréal, fait office d’attrait. En finale, quelques recettes qui ont inspiré Chrystine Brouillet, la gourmande que l’on aime, et la co-instigatrice de ce recueil … La table est mise pour « ce banquet d’auteurs ».

13 textes si différents, si révélateurs du plaisir solitaire et rapide de l’essayiste, et en finale une nouvelle éblouissante de Ian Manook, ma découverte!

Chrystine Brouillet – Dame de cœur, Dame du Pic – Pleut-il sur Paris – on s’en fout !  Chrystine la gastronome est chez cette Anne-Sophie Pic. Un délire de mots pour déguster une fraction de cette sublime chef, qui un jour à Montréal en lumière a demandé qu’on l’amène à MA librairie ! Y a des honneurs intimes comme ça !  Mais manger à SA table, je n’en ai que rêvé…

Michel-Marc Bouchard – Des confitures pour Pina Bausch : fascinant ! je crois qu’on l’a tous ce syndrome de la soupe aux poireaux. Tous ces personnages mis en scène, de la fumeuse Pina Bausch, à l’étonné Michel Tremblay, en moins de 10 pages …  fascinant le travail du dramaturge ! Rire en lisant c’est aussi un plaisir ! Un exercice d’écriture, rien de moins … Et j’ai tellement aimé ce Pina de Win Wenders !

Michèle PlomerMoucheuse – Beau texte d’un maître qui donne à la jeune fille les secrets du mouchage, mais aussi simplement de la vie ! « Ce n’est pas avec la volonté qu’on attrape le poisson, c’est avec de la patience et de la technique ! »

Geneviève Brouillette – L’Art de la déshydratation – Les subtilités de déshydrater jusqu’à en vomir sa frustration ! Une montée cinématographique des années 50 à la Sunset Boulevard !

Rafaëlle Germain – Catherine –  Une odeur exquise…une mise en situation – quelques lignes … un rêve d’écrire ce que deviendrait cette jeune personne …  et pour votre info, lecteurs avides… il faut lire Michelle Barrière, la romancière qui livre les mystères des cuisines du Moyen-Âge dont rêve Rafaëlle !

Patrice Godin – La faim irrationnelle et hallucinante du coureur et de la bête sauvage qui sommeille en luiCe récit s’inspire du Bigfoot 200 mile autour du mont Saint-Helens200 milles qui mène aux hallucinations, à l’épuisement, à la faim, « la faim y était … pas l’appétit » !

Annie l’ItalienLe dernier – Le frigo toujours plein, la nourriture était l’élément de séduction et demeure l’élément utilisé après une mort trop froide.

François LévesqueLe temps des pommes – Un texte nostalgique, d’une mère vieillissante qui se souvient « avoir appris à ne rien gaspiller » ! Beaucoup de mots, beaucoup de douleurs.

Michel JeanMush – Un coup de cœur, comme sous-entend l’étiquette de l’autre libraire !! Mush signifie orignal, « une bonne chère pour les Blancs mais pour nous c’est le roi de la forêt. » « Sans lui, les Innus n’auraient pas survécu ! Chez nous avant de le manger, on accroche un os de l’animal à la branche d’un arbre, c’est une marque de respect pour la bête qui nous permet de vivre ». Et toute cette émotion face à cette culture enfouie … Voilà, ces 10 pages mérite le livre !

Samuel LarochelleLes cocos – Quelques pages pour faire la paix avec un coin de pays, un coin de vie… imbibé d’une saveur de tarte aux pommes à la cannelle !!

Erika SoucyUn mirage à Malaga – 3 pages sur le bien-être pour découvrir le goût inoubliable d’une seule olive et du reste de la vie ! Surprenant court texte …

Geneviève LefebvreEl hambre de mi corazôn –Un monde si vrai et si 2000… Comme un conte de fée avec quelques interstices qui permettent d’entrevoir la vraie lumière de l’artiste. Espérame !

Ian Manook Mez mama – Une nouvelle éblouissante, un choc saisissant… on le devine mais on n’ose pas … ! Un univers bien réel loin de nous et pourtant … Merci pour cette vérité qui me hante : « Ce qui tient un peuple, autant que la langue et l’histoire, c’est la bouffe. » et moi j’y crois, faut passer au Conservatoire culinaire du Québec, situé dans l’École des métiers de la restauration. Vous y trouverez l’histoire de la cuisine d’ici, moins violente mais qui détermine notre histoire!

Quelques notes de l’éditeur (4e de couverture) :
Au cœur de nos histoires les plus intimes, les plus étonnantes, les plus révélatrices s’inscrit fort souvent la nourriture. Inspirées par cette thématique alléchante et guidées par le plaisir des sens, Chrystine Brouillet et Geneviève Lefebvre ont attablé treize auteurs de grand talent. Au menu : de savoureuses nouvelles en tous genres, où se courtisent des univers aussi distincts que complémentaires. Certaines saveurs rencontrées au détour des voyages, à travers les hasards du quotidien détiennent le pouvoir de changer nos vies. Que ce soit l’odeur de la tarte aux pommes de notre enfance, le parfum délicat de l’amitié lors d’un repas gastronomique, en passant par des confitures pour Pina Bausch, de simplissimes œufs au réveil, une soupe aux poireaux, le canard aux pêches d’un rebelle andalou, les boulettes de viande fort surprenantes d’un mercenaire ou le goût inoubliable d’une olive croquée sur une terrasse de Malaga, tous ces bonheurs sont blottis dans nos mémoires.

À propos des auteur.e.s : 13 auteur.e.s – 13 courtes biographies qui auraient été appréciées, un reproche, j’aurais aimé avoir quelques mots de présentation de chaque auteur comme mise en situation.

Titre : Treize à table – Nouvelles
Auteur.e.s : Treize auteur.e.s
Éditeur : Druide
Date de parution : 21 février 2018

Pour vous le procurer

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Le Club des Gourmets et autres cuisines japonaises

Un bonheur de lecture et de culture !

41-W9BMojsL._SY344_BO1,204,203,200_Ces dix nouvelles nous ramènent à l’essence de ce qu’est vraiment le goût. Ces nouvelles ont été glanées dans la littérature japonaise au cours des huit derniers siècles. Pour notre plaisir, chacune d’elles est suivie d’information tant sur l’époque, la thématique, l’auteur, que sur l’évolution du moment. Elles ont souvent des titres évocateurs : Ventre vide et tête en l’Air, Deux histoires de Champignons, Cent Curiosités au Tôfu… D’ailleurs, on apprend que cette nouvelle publiée en 1782, écrite non par un cuisinier mais par un homme de lettre, aurait connu un tel succès, qu’on éditera par la suite Cent Curiosités aux œufs, à la bergamote, aux radis blancs, aux patates douces

Une culture et une cuisine peu connue, outre ce qu’on veut bien nous faire connaître et
surtout un clin d’œil à la Québécoise que je suis qui vit dans un pays qui a à peine 400
ans d’histoire !

Un extrait pour donner la couleur

La première fois que j’ai visité La Tour d’Argent, j’étais avec Takanori Ogisu, le peintre et son épouse. À première vue, il m’a semblé qu’il y avait plus de clients étrangers que de Français. J’étais en voyage, il était évident pour moi que la seule chose à faire était de nous partager un canard entier, cela coûterait ce que cela coûterait, nous sommes donc entrés. Un serveur en smoking faisait sauter le canard nu sur un plateau en argent pour prendre le bouillon. Peu après, un autre serveur nous apporta un canard numéro 243 767 qui certifiait son identité. (page 77)

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Quelques notes de l’éditeur (4e de couverture):

Si le Japon est connu comme un pays de fine gastronomie, sa littérature porte elle aussi très haut l’acte de manger et de boire. Qu’est-ce qu’on mange dans les romans japonais ! Parfois merveilleusement, parfois terriblement, et ainsi font leurs auteurs, Tanizaki, Dazai, Kafû… Du XIIe siècle à nos jours, dix gourmets littéraires vous racontent leur histoire de cuisine.

À propos des auteurs: ryoko_sekuguchi_credit_felipe_ribon

Dix auteurs, Kôzaburô Arashiyama, Osamu Dazai, Rosanjin Kitaôji, Shiki Masaoka, Kenji Miyazawa, Kafû Nagai,  Kanoko Okamoto, Jun’ichirô Tanizaki, moins connus en Occident, quoique les amateurs de littérature japonaise s’en régalent déjà sûrement!

 

Titre : Le Club des gourmets et autres cuisines japonaises
Choix et présentations : Ryoko Sekiguchi
Éditeur : POL Éditeur
Date de parution : 2013
Traduction du japonais par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré

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